Si nous ne résolvons pas les problèmes rencontrés par le passé, nous n’aurons pas d’avenir

Jasna (dernière rangée, cinquième place en partant de la gauche) et d’autres délégués devant une banderole en l’honneur de leur réunion pour partager leur expérience, Djakarta (Indonésie), 20 novembre 2012. © KontraS

Les femmes qui ont subi des violences pendant des conflits sont souvent confrontées aux mêmes difficultés, quel que soit le lieu où elles vivent. Amnesty International a récemment participé à l’organisation d’une réunion à Djakarta, en Indonésie, entre deux ONG travaillant sur des questions similaires, mais dans des contextes très différents : Vive Žene (« Vive les femmes ») en Bosnie-Herzégovine, et la Commission des disparus et des victimes de la violence (KontraS) en Indonésie. Dans le cadre de nos Seize jours d’action contre la violence liée au genre, Jasna Zečević, présidente de Vive Žene, nous a raconté ce que les deux ONG avaient appris l’une de l’autre au cours de cette réunion.

J’ai été frappée, lors de notre réunion, de découvrir qu’il est bien plus difficile pour les femmes d’obtenir justice en Indonésie. KontraS travaille avec des femmes qui attendent que justice leur soit rendue depuis près de 50 ans, alors qu’en Bosnie nous nous attaquons à des problèmes qui remontent aux années 1990. Cela a également été un bon avertissement : si nous ne résolvons pas correctement ces problèmes maintenant, nous pourrions nous retrouver dans la même situation dans quelques dizaines d’années.

Les réactions des gouvernements indonésien et bosniaque ont également été très différentes. En Indonésie, l’obligation de rendre des comptes aux victimes de conflits passés n’est pas respectée, et il n’existe toujours pas de commission vérité, à l’image de celle que nous avons en Bosnie. Dans notre pays, au moins, les souffrances qu’ont subies les gens sont reconnues, et les victimes bénéficient d’un certain soutien de la part du gouvernement. Mais, comme il s’agissait d’un conflit ethnique, il existe encore différentes « vérités » sur le déclenchement de la guerre : le débat porte sur la question de savoir qui doit présenter des excuses à qui.

Les deux organisations ont constaté qu’elles avaient beaucoup à apprendre l’une de l’autre. KontraS organise des conférences publiques dans les universités indonésiennes pour raconter aux étudiants le violent passé qu’a connu le pays. Les membres de l’organisation évoquent les difficultés rencontrées par les victimes pour obtenir justice, voire même pour savoir ce qu’il est advenu d’un de leurs proches qui a disparu. Il est très important d’inciter les jeunes à s’intéresser à ces problèmes et de les leur expliquer… Nous allons engager une réflexion pour faire la même chose en Bosnie.

Vive Žene offre de son côté un accompagnement psychologique ainsi que d’autres services thérapeutiques. Aider les gens à surmonter le traumatisme de la guerre est fondamental. Il est encourageant de constater que cet aspect est bien mieux accepté en Bosnie depuis que nous avons commencé notre action. Si nous ne résolvons pas les problèmes rencontrés par le passé, nous n’aurons pas d’avenir.

Ce type de militantisme est essentiel, et il est évident que des organisations comme KontraS ont une mission très importante. Lorsque j’étais en Indonésie, je me suis demandée ce qui se passerait si ces organisations n’existaient pas… Les gens souffriraient en silence, il n’y aurait personne d’autre pour les aider.

Vive Žene apporte depuis 1994 une prise en charge psychologique et une aide sociale essentiellement aux femmes et aux enfants qui ont subi des violences lors de la guerre de Bosnie (1992-1995). Depuis 2003, l’organisation parle au nom des victimes pour qu’elles obtiennent justice.

KontraS a été fondée en 1998 alors que le régime oppressif du président Suharto vivait ses derniers jours. L’organisation œuvre aux côtés des personnes qui ont subi des violations des droits humains pendant et après la présidence de Suharto. Elle a également joué un rôle très important dans la divulgation d’éléments attestant de la responsabilité de l’armée dans les atteintes aux droits fondamentaux commises dans la province de l’Aceh (Nanggroe Aceh Darussalam) et au Timor-Leste.

Posted in Asie et Pacifique, Bosnie-Herzégovine, Défenseurs des droits humains et militants, Discrimination, Disparitions, Droits des femmes, Europe et Asie centrale, Femmes, Indonésie, Non classifié(e), Violence sexuelle, Violence sexuelle | Leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>