« L’espoir de renaître, loin d’ici »

Les militants syriens Bassam Ahmed Al Ahmed et Ayham Mustafa Ghazoul après leur remise en liberté. © DR

Le militant syrien Bassam Ahmed Al Ahmed évoque la période durant laquelle il a été détenu avec son ami Ayham Mustafa Ghazoul, un médecin dont les proches ont récemment appris qu’il était mort en novembre 2012, alors qu’il était aux mains des forces de sécurité syriennes. Les deux hommes faisaient partie d’un groupe de personnes arrêtées le 16 février 2012 lors d’une opération contre le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression.

Ayham était avant tout un être humain, qu’est-ce que je peux dire de plus ?

Ce qui m’a le plus marqué chez lui, c’est qu’il se sacrifiait entièrement. Il avait la ferme conviction que chacun doit renoncer à ce qu’il a de plus précieux – son travail, ses études, et même la personne qu’il aime et sa famille – pour cette révolution.

C’était quelqu’un de très pacifique. Il disait toujours : « Il ne faut pas être armé. Il faut simplement aller manifester, et si on meurt, on meurt en martyr. »

Quand ils nous ont arrêtés, en février dernier, et qu’ils nous ont conduits aux services du renseignement de l’armée aérienne, nous étions trop terrorisés pour descendre du bus.

Ils ont fait descendre Mazen Darwish, le directeur du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression.

Ensuite, ils ont demandé qu’une autre personne sorte du bus, et Ayham s’est porté volontaire. J’étais bouleversé, je me suis dit : « C’est incroyable ! Comment est-ce possible ? Il n’a donc peur de rien ! »

Pendant toute notre détention il est resté plein d’entrain. Il venait nous voir et nous aidait. Il a été notre médecin et s’est occupé de nous et de notre santé ; il diagnostiquait nos maladies et nous disait comment nous soigner.

Le médecin du centre de détention de la Quatrième division était bête. Il donnait régulièrement des médicaments à Ayham afin qu’il les distribue aux patients cardiaques.

Ayham a été soumis à toutes sortes de coups et de violences dans les locaux de la Quatrième division.

En premier lieu parce qu’il était médecin, et qu’ils ont horreur de voir quelqu’un qui est plus instruit qu’eux. Deuxièmement, comme il était de Deir Atiyah, l’homme qui le frappait disait : « Deir Atiyah est le plus bel endroit de Syrie, pourquoi protestes-tu ? ». Et Ayham répondait : « Mais je ne suis pas inculpé pour avoir manifesté », et l’homme recommençait alors à le frapper.

Il était celui de mes co-détenus à qui je parlais le plus – je pleurais, je me lamentais : « Quand viendra le jour où nous sortirons de cette tombe ? »

Ayham me taquinait et disait que nos camarades détenus, Hami [Al Zitani] et Mansour [Al Omari] allaient sortir avant moi, et que je resterais détenu pendant cinq mois encore. Et moi je pleurais de plus belle.

Après 33 jours de détention dans les locaux de la Quatrième division, et 33 autres au centre de détention des services du renseignement de l’armée aérienne, un agent s’est présenté et a appelé Ayham Mustafa Ghazoul. J’étais dans un état d’extrême fatigue, mais quand j’ai entendu son nom, Ayham, celui-ci a résonné fort en moi et m’a donné l’espoir que j’allais pouvoir renaître, loin d’ici.

Ils ont ensuite appelé [un autre détenu,] Joan Fersso, et là, je me suis mis immédiatement à rassembler mes affaires, car c’est comme si Dieu m’avait envoyé un signe : Bassam, tu es le prochain qu’ils vont appeler.

Et c’est ce qui s’est produit.

C’est pour cela que lorsqu’ils ont appelé le nom de mon ami, Ayham Mustafa Ghazoul, j’ai eu le sentiment que je renaissais à la vie, le sentiment que j’allais vers une nouvelle vie.

Remis en liberté, Ayham Mustafa Ghazoul a été de nouveau arrêté et est mort en détention.

Pour en savoir plus :
Syrie. Amnesty International craint pour la sécurité de militants arrêtés lors d’un raid à Damas (communiqué de presse, 16 février 2012)

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