« Les Pussy Riot, c’est de l’art politique »

Katia Samoutsevitch, des Pussy Riot, s’entretient avec Amnesty International dans les bureaux de l’organisation à Moscou, en Russie (février 2013). © Amnesty International

Il y a un an, Ekaterina (Katia) Samoutsevitch, membre des Pussy Riot, était arrêtée. Elle s’est entretenue avec Amnesty International de ses activités militantes, de sa vie après la prison et de son combat pour faire libérer ses comparses du groupe. Elle a également remercié les militants du monde entier pour avoir contribué à diffuser le message des Pussy Riot concernant la réalité de la répression en Russie.

Katia Samoutsevitch a été interpellée le 16 mars 2012 pour avoir interprété une « prière punk » dans une église, avec le groupe de punk féminin Pussy Riot. Elles ont critiqué le président russe Vladimir Poutine et les dignitaires de l’Église orthodoxe russe qui l’ont soutenu. Katia a été relâchée en octobre 2012. Les autres membres du groupe Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova purgent toujours leurs peines dans des colonies pénitentiaires reculées.

Pourquoi avez-vous choisi ce mode d’action pour protester contre Poutine ?
« Les Pussy Riot, c’est de l’art politique. Si vous êtes un artiste, vous ne pouvez que réagir face aux tendances politiques de votre pays, particulièrement face à l’attitude de l’État envers la société civile et le grand écart entre la société et l’élite étatique. »

Que signifient pour vous les actions militantes autour de votre procès et de votre condamnation ?
« Nous voulions protester contre l’Église orthodoxe russe [et son] patriarche Kirill, contre Poutine et ses tendances sexistes. Le soutien que nous avons reçu a permis d’amener le débat déjà initié dans la société russe à un autre niveau. Nous ne nous attendions pas à ce que cela prenne une telle ampleur dans le monde – ni une telle intensité en Russie.

« Par ailleurs, les autorités de l’État ne se contentent pas des menottes et des arrestations, mais recourent aussi aux attaques médiatiques. Elles nous inondent d’un flux constant de désinformation, de pure diffamation. Il est difficile de convaincre les gens que tout n’est pas forcément vrai. Les campagnes de soutien en notre faveur ont fait barrage à ce flux. De nombreux citoyens ont vu que des personnes soutenaient les Pussy Riot et se sont interrogés : « Bizarrement, bien qu’elles soient très mauvaises et blasphématoires, beaucoup de gens leur apportent leur appui. Peut-être que Channel One [principale chaîne de télévision nationale de Russie] ne nous dit pas toute la vérité ? » Ce combat était très important et réellement nécessaire.

« En outre, de nombreuses personnes ont été influencées par le fait que des organisations internationales, dont Amnesty International, nous qualifient de prisonnières d’opinion et que des célébrités, à l’instar de Madonna, Sting et d’autres, manifestent leur appui. »

Les conditions de votre condamnation avec sursis sont-elles très restrictives ?
« En général, non. Mais je remarque que je suis parfois sous surveillance, de manière très évidente. À plusieurs reprises, dans le métro, j’ai clairement vu quelqu’un en train de filmer. D’autres membres des Pussy Riot sont également suivies. Apparemment, les autorités craignent que nous préparions une nouvelle action, et c’est pourquoi elles nous gardent à l’œil. Mais il ne s’agit pas d’une surveillance professionnelle. Soit ils manquent d’expérience, soit ils nous adressent un message : « On vous a à l’œil. » Mon téléphone est sur écoute, j’en suis convaincue. Alors, bien sûr, je fais attention à ce que je dis. »

Est-ce effrayant d’être un militant en Russie en ce moment ?
« Cela dépend de quel type de militant il s’agit. Nous ne sommes pas si « hardcore ». De mon point de vue, il y a péril si tu détiens des informations sensibles. Alors ta vie sera courte. L’activité politique artistique n’est pas si dangereuse. Ce qui nous est arrivé est probablement dû à l’élection présidentielle qui approchait en mars 2012. »

« En revanche, le fait que Nadejda et Maria soient en prison, qu’elles n’aient pas été relâchées alors qu’elles ont des enfants, constitue un nouveau moyen d’intimidation. Après cela, quelle mère voudra prendre part à ce genre d’actions ? C’est une forme singulière de cruauté – une cruauté qui sert la propagande. Il est important de la combattre. »

Ce texte est un extrait d’une interview qui doit paraître dans le numéro de mai/juin du FIL d’Amnesty, magazine qui présente le travail de campagne de l’organisation dans le monde.

AGISSEZ MAINTENANT

Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina doivent purger leurs peines jusqu’en mars 2014. Cependant, elles ont sollicité une libération conditionnelle et leur audience pourrait avoir lieu à tout moment.Ecrivez-leur un message de soutien en anglais ou en russe – nous les imprimerons tous et ferons en sorte qu’ils parviennent bien aux deux femmes dans leur prison.

 

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