« J’ai survécu à trois attentats-suicides »

 

À Kaboul les civils continuent de subir la violence. © AFP/Getty Images

Maliha, une Afghane qui vit aujourd’hui à Sydney, raconte ses expériences de l’impact du commerce incontrôlé des armes.

Une nuit, en 1993, alors que nous étions endormis, nous avons soudain été réveillés par le bruit d’un avion volant au-dessus de nous, suivi d’une énorme explosion. Notre maison a été détruite, comme la plupart dans notre rue. Nous avons tout perdu.

Nos vies ont été sauvées cette nuit-là car nous étions endormis, enveloppés dans des couvertures. Cela nous a protégés des éclats de verre des fenêtres et du plâtre tombant des murs.

J’avais 13 ans. Après que j’ai retrouvé mes deux frères et ma mère dans les décombres, et une fois la poussière retombée, nous avons décidé de quitter l’Afghanistan.

Nous pensions que ce ne serait que pour quelques mois et que la situation se calmerait. Mais après notre départ pour Peshawar, au Pakistan, la paix en Afghanistan n’est jamais arrivée.

Ma mère nous élevait seule et nous a permis de terminer notre scolarité en devenant enseignante dans une école de réfugiés. Bien longtemps avant, quand j’avais trois ans, mon père a disparu de son travail. Un matin, il est parti travailler et n’est jamais revenu.

À 16 ans j’ai commencé mon premier travail à temps plein au sein d’une organisation caritative. J’embauchais des femmes pour coudre et broder des articles vendus ensuite au Royaume-Uni.

En 2009, par le biais d’un ami, j’ai entendu parler d’un poste à l’ambassade de Finlande à Kaboul.

Après que j’ai obtenu le poste, ma mère m’a suivie à Kaboul avec inquiétude.

J’y ai travaillé pendant près de trois ans comme coordinatrice de programme, chargée du financement de différents projets en faveur des femmes et des enfants.

C’est à cette époque qu’on m’a présenté mon mari. Originaire d’Afghanistan, il vivait depuis 21 ans à Sydney sans sa famille.

Il travaillait dans son magasin de plats à remporter, et il se trouve que l’un de mes amis, également d’origine afghane et client régulier, a pensé que nous pourrions nous entendre et lui a donné mes coordonnées.

Nous avons commencé à échanger des courriels. Une fois que nous en savions un peu plus l’un sur l’autre, il a accepté de venir en Afghanistan et je devais le rencontrer en personne pour la première fois après sept ou huit mois.

Il est arrivé chez moi à Kaboul avec sa mère et son frère. Avant sa visite j’avais essayé de mémoriser une liste de question que je lui poserais, mais quand il est arrivé je les ai toutes oubliées ! Ce qui est drôle, c’est qu’il m’avait apporté des roses rouges mais que, lorsqu’il les avait achetées, il n’avait pas remarqué – peut-être à cause de l’excitation – qu’elles étaient mouillées et il les avait tenues serrées contre lui. Le temps qu’il arrive, son costume était complètement trempé ! Il essayait de cacher les taches d’humidité car il ne voulait pas que je les remarque. Malgré notre nervosité, tout s’est bien passé. Il m’a officiellement demandée en mariage et j’ai accepté.

Mes collègues finlandais étaient tout excités à l’idée de venir à mon mariage car ils n’avaient jamais assisté à une cérémonie afghane. Ils ont dit qu’ils viendraient si je l’organisais dans un hôtel où la sécurité était bonne, donc j’ai choisi de le faire dans l’un des bâtiments les plus sûrs de la ville.

Dieu merci, tout s’est bien passé le soir du mariage, tous mes collègues finlandais ainsi que mes amis et ma famille vivant à l’étranger sont venus, et nous avons passé un merveilleux moment. C’était le 13 février 2011.

Le lendemain, mon mari et moi étions dans notre chambre d’hôtel quand nous avons soudain entendu des coups de feu et, peu après, une énorme explosion. Le bâtiment a commencé à trembler et il y avait du verre partout. Pendant quelques minutes j’ai cru que c’en était fini pour nous et que notre vie était partie.

Lorsque j’ai ouvert les yeux, je ne voyais rien autour de moi, seulement de la fumée, de la poussière et du verre brisé. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Lorsque j’ai décroché le téléphone, il ne fonctionnait pas ; quand j’ai essayé d’allumer la télévision, elle ne marchait pas. Mon mari a regardé par la fenêtre. Il a dit qu’il voyait des gens sortir en courant du bâtiment dans différentes directions, puis des policiers postés autour de l’hôtel, avec parmi eux des soldats de l’OTAN.

Nous sommes restés coincés toute la nuit pendant qu’ils cherchaient deux autres kamikazes. Finalement il s’est avéré que c’était une rumeur et nous avons été escortés jusqu’à l’extérieur.

Après notre mariage – quand je suis venue à Sydney pour mon voyage de noces – j’avais trop peur de retourner en Afghanistan.

Maintenant que j’ai une fille, j’ai encore plus le sentiment que ce pays n’est pas sûr. Je suis revenue avec elle l’an dernier, pour pouvoir rendre visite à ma mère qui est seule en Afghanistan. Elle habite près de l’aéroport de Kaboul. Le deuxième ou le troisième jour, au milieu de la zone où nous logions, un autre attentat-suicide a eu lieu. Ma fille avait huit mois. Soudain elle a crié et s’est mise à pleurer, alors que le bâtiment tremblait. Neuf Américains, je crois, et beaucoup d’autres ont été tués à proximité. Après cela, je ne suis pas sortie de tout le mois que j’ai passé là-bas, sauf pour aller voir ma mère.

À chaque fois que j’essaie d’imaginer un avenir en Afghanistan et que j’y retourne, il se passe quelque chose qui me fait fuir.

Quand j’ai eu ma fille, j’ai appris ce que c’est d’être mère. J’aime tellement ma fille, je peux comprendre ce que ressent ma mère. Oui, je suis en sécurité, mais je veux aussi qu’elle le soit.

Cet article a été publié sur le site australien Daily Life le 18 mars 2013 : http://www.dailylife.com.au/life-and-love/real-life/i-survived-three-suicide-bombings-20130315-2g4uq.html

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