Ricky, Noris et l’espoir d’échapper à la ségrégation en Italie

 
Matteo de Bellis, chargé de recherche et d’action sur l’Italie à Amnesty International, vient de rentrer de ce pays après s’être rendu à La Barbuta, un camp réservé aux Roms à proximité de Rome.

Le trajet en bus

J’ai rencontré Ricky, sympathique garçon de 10 ans, dans le bus scolaire reliant Tor de’ Cenci à La Barbuta, à la périphérie de Rome, en Italie. Nous avons discuté pendant les 40 minutes qu’a duré le trajet.

« Ça te plaît de vivre à La Barbuta ? », lui ai-je demandé à un moment.

« Non, c’est trop loin de tout. Tor de’ Cenci c’était beaucoup mieux, tout était à côté. »

Ce service de ramassage scolaire a en effet été spécifiquement mis en place pour les enfants vivant à La Barbuta, une bande de terre longeant la piste de l’aéroport de Ciampino et une voie ferrée, au milieu de nulle part.

La Barbuta est un nouveau camp construit exclusivement pour accueillir les Roms, comme Ricky et sa famille, qui vivaient à Tor de’ Cenci, autre camp établi par les autorités municipales dans les années 90. Tor de’ Cenci avait ses inconvénients mais il y avait des écoles, des médecins, des transports publics et d’autres services dans cette zone, ce qui donnait aux résidents du camp un sentiment d’appartenance à la population locale. Cependant, en 2008, le nouveau maire de Rome a commencé à déclarer que les Roms devaient partir. Dès que le camp de La Barbuta a été prêt – barrières érigées et caméras de surveillance en fonctionnement – le maire a fermé le camp de Tor de’ Cenci et proposé La Barbuta comme seule solution de relogement aux familles telles que celle de Ricky. Alors elles se sont installées dans ce nouveau camp, bien que la plupart des enfants continuent à aller à l’école à Tor de’ Cenci, effectuant le trajet tous les jours.


Des amis en-dehors du camp

« Tu t’entends bien avec tes camarades de classe ? »

« Oui, ce sont mes amis, on s’amuse beaucoup quand on joue ensemble. Avant, on pouvait passer l’après-midi ensemble. Après l’école, on allait jouer au parc. Mais maintenant, comme je vis à La Barbuta, je dois prendre ce bus juste après les cours, rentrer au camp et ne plus en sortir. Je ne peux plus passer de temps avec mes copains de classe. Au camp, il n’y a rien à faire, on s’ennuie. »

« Si tu pouvais choisir, tu resterais dans ce camp ou tu déménagerais dans un logement en ville ? », lui ai-je demandé.

Les yeux de Ricky se sont mis à briller, « S’ils nous donnaient une maison, je sauterais de joie ».

Contrairement aux préjugés tenaces selon lesquels les Roms sont nomades, la plupart aimeraient vivre dans des maisons, s’ils en avaient les moyens ou si le système le leur permettait. Mais les autorités ont récemment déclaré que les familles vivant dans des camps – il se trouve que ce sont toutes des familles roms – ne remplissent pas les conditions requises pour obtenir les points accordés aux personnes à la recherche d’un logement, dans le cadre du système à points complexe que la municipalité a mis en place pour sélectionner les bénéficiaires de logements sociaux.

Cacher d’où on vient

À La Barbuta, j’ai rencontré Noris, un jeune homme animé par le même rêve : partir.

« Nous avons besoin de travail, afin de pouvoir économiser et louer un logement à l’extérieur. Je sais que c’est bien de pouvoir rester ensemble, mais c’est important de sortir du camp, d’avoir de quoi vivre, de devenir un membre de la société. »

Noris a à peine 20 ans, mais il sait de quoi il parle. Il travaille comme commercial pour une grande entreprise depuis plusieurs années, faisant du porte à porte pour vendre des produits. Ses revenus varient d’un mois sur l’autre, et il a besoin d’un salaire stable pour louer un logement. Travailler aux côtés de non-Roms pose en outre certaines difficultés.

« C’est dur de ne pas pouvoir expliquer qui vous êtes vraiment. Les gens ont des préjugés. Des collègues me ramènent en voiture après le travail. Je leur ai longtemps demandé de me déposer en ville, puis je faisais les deux kilomètres restants jusqu’à La Barbuta à pied, parce que je ne voulais pas que mes collègues sachent que je vivais dans un camp. Ils ne s’en seraient jamais doutés, vu que je porte un costume tous les jours. J’ai fini par dire à mes responsables que je voulais démissionner parce que je vivais dans un camp et que je ne voulais plus le cacher. Ils m’ont répondu qu’ils s’en fichaient, que j’étais un très bon élément, et ils m’ont convaincus de rester. Un collègue est même venu dîner ici et son opinion des Roms a changé. Mais il faut changer l’opinion de tout le monde, pas juste d’une personne. »

Supprimer les obstacles

Les préjugés permettent aux autorités d’appliquer des politiques discriminatoires. Les expulsions forcées, la ségrégation dont sont victimes les personnes vivant dans les camps et la discrimination dans l’accès aux logements sociaux, fréquentes, continuent sans relâche. Il y a à peine quelques mois, l’adjoint au maire de Rome a déclaré : « Les Roms doivent faire une croix sur les logements sociaux ».

Et malgré tout, Ricky et Noris continuent à rêver d’un futur différent et à travailler pour y arriver. Leur succès ne devrait pas dépendre uniquement d’eux, mais de nous tous.

Passez à l’action

Joignez-vous à nous pour demander à l’Union européenne d’intervenir et de faire cesser les discriminations contre les Roms.

Pour en savoir plus :
Europe. Halte aux expulsions forcées en Europe
Europe. Ici et maintenant, droits humains pour les Roms. Un coup de semonce pour l’Union européenne

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