Principaux éléments à retenir de la conférence Les femmes donnent la vie 2013

 
Récit de Sarah Pyke (campagne d’AI Exigeons la dignité) depuis la Malaisie

Bouquet de préservatifs, stand du Conseil malaisien pour la promotion des exportations de caoutchouc, conférence Les femmes donnent la vie, Kuala Lumpur (Malaisie). © Amnesty International

Dès ma descente d’avion à l’aéroport international de Kuala Lumpur, par un lundi soir nuageux, j’ai été assaillie par la forte humidité ambiante… et les chauffeurs de taxi. « Women Deliver ? », m’a-t-on immédiatement demandé. Comme des milliers d’autres personnes, parmi lesquelles Chelsea Clinton, Melinda Gates, Mandy Moore et un contingent d’Amnesty International, peu important en nombre mais non moins chic, je me suis rendue en Malaisie pour assister à la troisième conférence Les femmes donnent la vie, axée sur les thèmes de l’autonomisation des filles et des femmes, de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation, de l’égalité des genres et du nouveau programme de développement.

Si vous n’avez pas suivi #WD2013 et #WDLive sur Twitter ni fait le déplacement, voici cinq choses qu’il faut absolument savoir au sujet de ce rassemblement mondial, trépidant et totalement incroyable.


Mon classement des cinq principaux éléments à retenir de la conférence Les femmes donnent la vie 2013 (dans l’ordre inverse) :

5. Un bouquet de préservatifs, c’est joli mais d’une portée limitée

Ne vous méprenez pas sur mes propos, la fourniture de services de santé et tout ce qui la rend possible – instruments chirurgicaux de pointe, par exemple, ou formation des sages-femmes – sont extrêmement importants. L’engagement et le travail mis en lumière pendant la conférence par toute une variété d’organisations non gouvernementales (ONG) internationales, d’organisations populaires et de prestataires étaient impressionnants. Sans même parler des préservatifs fabriqués de façon artisanale et peints à la main qui étaient exposés sur le stand du Conseil malaisien pour la promotion des exportations de caoutchouc – une initiative qui aide véritablement à démystifier et à déstigmatiser, grâce à l’humour et la créativité, quelque chose qui peut susciter autant de gêne que les contraceptifs (il y avait aussi des préservatifs en forme d’animaux marins dans un aquarium, où nageaient aussi de VRAIS POISSONS). Mais comme je l’ai entendu dans l’un des groupes de travail sur les droits humains mis en place en collaboration avec l’UNFPA, sous les hourras et les applaudissements du public : « On parle tellement de la mortalité maternelle et du fait de sauver des femmes… mais il est désormais question de droits ! » (il est gratifiant de constater le vif intérêt porté à la campagne d’Amnesty intitulée Mon corps, mes droits).

Banderoles préparées par la jeune militante d’AI Alma Ugarte Pérez et d’autres jeunes chefs de file avant une séance photo en faveur de Beatriz. © Amnesty International

4. Tous les systèmes peuvent être remis en cause

Le troisième jour de la conférence, nous avons appris une nouvelle bouleversante. Nombre d’entre vous ont certainement suivi le cas de Beatriz, dont l’histoire a fait récemment les gros titres. Cette Salvadorienne de 22 ans, grièvement malade, est actuellement enceinte de 26 semaines et il est fort probable que ni le fœtus ni elle ne survivent. Le 29 mai, la Cour suprême du Salvador a de nouveau anéanti les espoirs de Beatriz, de sa famille, des ONG qui la soutiennent et des centaines de milliers de militants d’Amnesty International dans le monde en refusant à cette jeune femme les soins médicaux qui pourraient lui sauver la vie et dont elle a absolument besoin, en raison de l’interdiction totale de l’avortement en vigueur dans le pays. Les juges ont laissé les médecins décider s’ils devaient intervenir médicalement ou pas. Par la suite, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a demandé au gouvernement de faire immédiatement le nécessaire pour que Beatriz reçoive les soins nécessaires.*Cela rappelle de façon pressante que les lois ne constituent pas un système applicable en toutes circonstances, et que des réformes s’imposent. Il faut que les systèmes de santé placent les personnes, et leurs droits, au cœur des décisions et des procédures qui les concernent.

3. Les silences, comme les chaînes, sont faits pour être brisés

À d’innombrables reprises, j’ai entendu à quel point la honte et la stigmatisation empêchaient les femmes et les jeunes gens de dénoncer les atteintes à leurs droits en matière de sexualité et de procréation, et les dissuadaient purement et simplement de faire valoir leurs droits. Une militante ayant grandi en Inde a expliqué que son enseignant avait agrafé les pages de son manuel scolaire qui portaient sur les menstruations. Dans certaines régions de Tanzanie, les filles bénéficient de si peu d’informations et d’aide pratique lorsque leurs règles surviennent qu’elles utilisent de la bouse de vache en guise de serviettes hygiéniques. Privés d’accès à des informations ou services cruciaux, les jeunes ne sont pas en capacité de s’exprimer ouvertement, de faire valoir leurs droits ni de demander aux gouvernements, ou aux autres acteurs qui faillissent à leurs obligations, de rendre des comptes.

Lorsque les femmes et les filles tombent malades, sont obligées de rater ou d’abandonner l’école ou subissent des violences sexuelles (la probabilité de chacun de ces risques augmentant automatiquement), la discrimination devient un cercle vicieux. Malgré tout, il existe de nombreux militants et organisations qui, tout en respectant pleinement la culture et le contexte, s’efforcent de démonter l’argument consistant à ériger la culture en justification – qui revient souvent à dresser un écran de fumée lorsque la question de la tradition rencontre celle de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation. Comme nous, ils reconnaissent que les droits sont un élément intrinsèque et non un privilège accordé aux plus chanceux. De l’organisation évangélique Christians for Human Rights à Catholics for Choice, en passant par la campagne axée sur la santé maternelle au sein de la communauté musulmane de Grande-Bretagne, un œcuménisme dynamique et progressiste s’est exprimé à l’occasion de la conférence Les femmes donnent la vie. Il peut constituer un puissant allié pour faire pression en faveur du changement. En tant que théologienne et conseillère de l’ONUSIDA, Pauline Muchina a déclaré qu’il ne fallait pas permettre que les femmes soient traitées comme des citoyens de seconde zone au nom de la tradition.

Stand d’AI à la conférence Les femmes donnent la vie, Kuala Lumpur (Malaisie), mai 2013. © Amnesty International

2. Les droits des jeunes sont des droits humains. Et vous savez quoi ? Les jeunes, eux aussi, ont une sexualité

Pendant toute la conférence, il est apparu très clairement que les jeunes ne constituaient pas une entité homogène. Ils sont un groupe d’intérêt auprès duquel il faut s’engager et non un « public » ou une « cible ». Ils seront les instigateurs de leurs propres stratégies de changement et formuleront leurs propres messages. Il est tout aussi clair qu’une éducation sexuelle complète, qui traite notamment des relations, des comportements et des orientations ainsi que de la biologie, est la première étape indispensable à l’autonomisation des jeunes du monde entier. Les intervenants de notre groupe de travail sur les droits des adolescents et des jeunes en matière de sexualité et de procréation ont fait référence à deux documents fondamentaux, qui affirment l’importance d’une éducation sexuelle complète des jeunes, la Déclaration de Bali du Forum mondial de la jeunesse (2012) et la Résolution n° 45 de la Commission de la population et du développement. Un intervenant a fait remarquer qu’il était absurde de parler de contraception sans avoir évoqué au préalable l’éducation sexuelle ou la sexualité. Un autre a signalé que les jeunes femmes devaient avoir accès à l’éducation et à l’emploi ainsi qu’à la contraception et à une procédure d’avortement légale et sûre – il ne s’agit pas d’une alternative. Outre le fait d’inviter les participants à signer notre pétition appelant les dirigeants du monde à protéger les droits des jeunes en matière de sexualité et de procréation, aujourd’hui et à l’avenir, nous avons eu la chance que la jeune militante mexicaine d’AI Alma Ugarte Pérez fasse partie du groupe Women Deliver 100 Young Leaders, au sein duquel elle n’a pas ménagé ses efforts pour encourager les manifestations de solidarité envers Beatriz.

1. Là où les véritables décisions seront prises

Deux processus internationaux vont entretenir une relation de plus en plus étroite dans les mois à venir car les débats concernant le bilan de la Conférence internationale sur la population et le développement après 2014 et le programme de développement au-delà de 2015 continueront de s’étayer et de se renforcer mutuellement. Si l’on regarde vers l’avenir, l’élément le plus important pour les travaux influents d’AI est peut-être le rôle crucial que les militants en faveur de la santé et des droits en matière de sexualité et de procréation issus de tout un éventail d’organisations du monde entier, nous y compris, joueront en veillant à ce que ces questions qui nous tiennent si profondément à cœur demeurent en bonne place à l’ordre du jour mondial. Lors d’un débat organisé par Marie Stopes International, on nous a prédit un avenir dystopique (à certains endroits, malheureusement, un présent dystopique) si la communauté mondiale de la santé négligeait les droits humains. Un avenir dans lequel les chirurgiens seraient encouragés à réaliser des césariennes sans le consentement éclairé des intéressées et les femmes, récompensées financièrement d’accoucher à l’hôpital, repartiraient avec leur nouveau-né avant même l’expulsion du placenta. Un avenir dans lequel nous serions induits en erreur par des données agrégées, les gouvernements et les donateurs se seraient pas tenus de rendre de comptes, les soins de santé en matière de sexualité et de procréation seraient prodigués de façon fragmentée et parcellaire, et la discrimination ne serait pas dénoncée.

Arbre aux souhaits mis en place par Nike/The Girl Effect à l’occasion de la conférence, mai 2013. © Amnesty International

Au vu de telles perspectives, aussi lointaines soient-elles, nous devons tous nous engager à gérer les ressources disponibles de sorte que nous puissions avancer vers un monde dans lequel chacun, où qu’il vive, serait en mesure de faire ses propres choix au sujet de son corps et de sa vie.

Un grand merci à toutes les personnes qui ont joué un rôle de modérateur ou se sont exprimées dans le cadre des groupes de travail sur les droits humains, ou y ont simplement participé, et à toutes celles qui se sont rendues sur notre stand et se sont jointes à notre action. N’oubliez pas que vous pouvez prendre connaissance des actes de la conférence sur Twitter, en cherchant #WD2013 et #WDLive. Le compte à rebours avant la prochaine édition est déjà lancé ! (plus que deux ans)

Vous étiez présent(e) ? Dites-nous ce que vous pensez de notre analyse ou exprimez-vous sur Twitter : @_sarahpyke et @demanddignity.

PASSEZ À L’ACTION

Signez aussi notre pétition appelant les dirigeants du monde à protéger les droits des jeunes en matière de sexualité et de procréation.

* Mise à jour : Beatriz a depuis été opérée. Le foetus, auquel comme prévu il manquait une partie du cerveau, n’a pas survécu.

 

 

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