Grèce/Europe : « Quelqu’un a donné un coup de couteau dans le bateau et il a coulé »

 

Des migrants sur la grand-place de Mytilène à Lesbos, en Grèce (avril 2013). Des centaines de personnes qui cherchent à gagner l’Europe débarquent dans l’île. © Amnesty International (photo : Naomi Westland)

Par Giorgos Kosmopoulos, de l’équipe UE d’Amnesty International

« Bien sûr que je me souviens de vous », m’a dit Adam lorsque je suis retourné le voir sur l’île grecque de Lesbos. C’est presque devenu une habitude : c’est ma troisième visite dans l’île en seulement sept mois. Je suis venu pour recueillir de nouveaux témoignages de réfugiés et de migrants qui ont effectué un voyage périlleux pour tenter de gagner l’Europe.

Tous deux originaires de Somalie, « Adam » et « Lara » (il s’agit de pseudonymes) ont entre 20 et 30 ans. La dernière fois que j’avais rencontré Adam, il gisait dans un lit d’hôpital, grièvement blessé. Le bateau à bord duquel il se trouvait venait de sombrer en pleine mer. « Quelqu’un a donné un coup de couteau dans le bateau et il a coulé, m’a-t-il expliqué.

« Nous étions plus de 40 personnes à bord, dont une femme enceinte, des enfants et une personne handicapée. Nous nous sommes tous retrouvés à la mer. » Lara ne sait pas nager, et alors qu’il lui portait secours, Adam a eu la jambe déchiquetée par l’hélice du bateau des garde-côtes.

Dans ses vêtements aux couleurs éclatantes, Lara m’accueille aujourd’hui avec un grand sourire. Elle s’apprête à dîner, un repas fourni par des bénévoles de l’île. Ce sont les habitants aussi qui gèrent le camp de vacances désaffecté où Adam et elle sont hébergés, avec d’autres réfugiés et migrants.

Adam et Lara font partie de ceux qui ont de la chance. Les autorités de Lesbos ne semblent toujours pas préparées pour accueillir les embarcations sur lesquelles s’entassent des personnes désespérées qui cherchent à fuir des pays comme la Syrie ou l’Afghanistan. Beaucoup, y compris des enfants, restent coincés pendant des heures, voire des jours, dans le port principal de l’île, sans protection adéquate – ou sans protection du tout – contre le soleil et la chaleur.

La détention, souvent dans des conditions épouvantables, est le sort réservé à la plupart des migrants qui arrivent dans l’île (reportez-vous à notre article du Fil de juillet-août, en anglais, pour en savoir davantage).

En outre un grand nombre de personnes ne parviennent jamais jusqu’ici. Notre nouveau rapport fait état de nombreux témoignages selon lesquels les autorités grecques refouleraient vers la Turquie des migrants et des réfugiés en détresse. Certains, comme le compagnon de voyage d’Adam et de Lara, vont même jusqu’à crever leur embarcation en pleine mer dans l’espoir que cela contraigne les garde-côtes à venir leur porter secours et à les conduire jusqu’en Grèce.
La pression migratoire est forte en Grèce, où la crise économique rend les choses plus difficiles encore. Le sort de ces migrants et de ces réfugiés n’est pas de la seule responsabilité de la Grèce. Les autres pays européens doivent eux aussi prendre leur part et trouver de toute urgence des solutions.

Mais en attendant, Amnesty International demande à la Grèce de cesser de mettre des vies en danger et d’arrêter de refouler des personnes. Maintenant.

En savoir plus
Signez notre pétition et lisez notre nouveau rapport sur www.whenyoudontexist.eu

Participez !
Amnesty International organise du 13 au 20 juillet 2013 son second camp de militants sur les droits humains des réfugiés et des migrants à Lesbos. Suivez-nous sur Twitter sur @Dontexisteurope, et tenez-vous informé grâce à notre Facebook page.
 

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