Cinq ans après : en mémoire de Mihail

Hristina Stoyanova tient une photographie de son fils, Mihail Stoyanov dans le jardin où il a été assassiné en septembre 2008 © Amnesty International

Marco Perolini, spécialiste de la discrimination en Europe et en Asie centrale au sein d’Amnesty International, explique les mesures que doit prendre la Bulgarie afin de garantir l’accès à la justice aux victimes de crimes de haine homophobes et transphobes.

 

Il y a cinq ans, Mihail a été battu à mort dans le jardin de Boris III, à Sofia, par un groupe d’hommes qui voulaient « nettoyer le parc des gays », selon des témoins.

Au mois de juin de l’année dernière, nous nous sommes rendus dans la capitale bulgare à l’occasion de la marche des fiertés LGBTI. Durant notre séjour, nous avons eu une longue discussion avec Hristina, la mère de Mihail, qui nous a expliqué que les meurtriers de son fils l’ont agressé car ils pensaient qu’il était gay.
Hristina est aux prises avec le système de justice pénale bulgare, qui persiste dans son inaction, et avec l’État, qui ne lui apporte aucun soutien. Cinq ans après les faits, les meurtriers de Mihail n’ont toujours pas été traduits en justice. Cette impunité envoie un message très négatif aux personnes et aux communautés LGBTI : l’État est incapable d’agir contre les formes les plus graves de discrimination et de violence à leur encontre.

Nous avons été frappés par la détermination de Hristina à réclamer justice, non seulement pour son fils, mais également pour tous ceux qui subissent les effets pervers de la transphobie et de l’homophobie :

« Ce qui me pousse à demander justice, c’est que ce genre de cas ne devrait plus jamais se produire. Les victimes qui n’osent pas se plaindre ne doivent plus avoir peur. Je ne vois pas l’intérêt de se plaindre, si la loi n’existe pas. Ce cas n’est pas seulement le mien. Il a été médiatisé, mais il existe des cas similaires dont personne ne parle ».
À l’heure actuelle, le droit bulgare ne protège pas les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) contre les crimes de haine. Même si les suspects finissent par être jugés, l’aspect discriminatoire du crime perpétré contre Mihail sera officiellement occulté. Cette situation est malheureusement observable dans beaucoup d’autres pays européens, dont les réactions aux crimes de haine homophobes et transphobes sont encore largement insuffisantes, comme le démontre le rapport d’Amnesty International À cause de ce que je suis. Homophobie, transphobie et crimes de haine en Europe.
Le cas de Mihail est loin d’être unique en Europe. Il ressort d’une étude récente, publiée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, qu’un quart des personnes LGBTI interrogées ont été victimes d’agression ou de menaces de violence ces cinq dernières années. Lorsque nous pensons à Mihail, nous ne devons pas oublier non plus les autres victimes, innombrables, d’agressions homophobes et transphobes, dont beaucoup ne peuvent pas (ou ne veulent pas) raconter leur histoire.
Samedi dernier, la marche des fiertés LGBTI bulgare a rendu hommage à la vie de Mihail pendant son défilé dans les rues de Sofia. La meilleure façon d’honorer sa mémoire est de continuer à faire pression sur les autorités bulgares afin qu’elles s’emparent de cette affaire et modifient la législation sur les crimes de haine. Amnesty International a demandé au ministre de la Justice de garantir que le nouveau Code pénal, en cours de rédaction, intègre l’orientation sexuelle et l’identité de genre comme motif permettant d’ouvrir des enquêtes et d’engager des poursuites pour les crimes de haine.
Nous ne voulons pas d’une Europe qui persiste à refuser de rendre justice à Hristina et à toutes les autres victimes de crimes de haine.

Pour en savoir plus :

L’Union européenne doit combattre la violence homophobe (Nouvelle, 18 septembre 2013)
À cause de ce que je suis. Homophobie, transphobie et crimes de haine en Europe (Rapport, 18 septembre 2013)

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